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Force Ouvrière : continuité historique, pluralisme et combat social (1906-aujourd’hui)

  • Photo du rédacteur: Force Ouvrière Sarthe
    Force Ouvrière Sarthe
  • il y a 16 heures
  • 6 min de lecture

L’origine : la Charte d’Amiens


L’identité de Force Ouvrière s’inscrit dans une histoire plus ancienne qu’elle-même. En 1906, la CGT adopte la Charte d’Amiens, texte fondateur du syndicalisme français moderne. Il établit trois piliers :

  • l’objectif d’émancipation sociale intégrale : « la disparition du salariat et du patronat »

  • la défense exclusive des travailleurs « contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression »

  • l’indépendance à l’égard des différentes tendances politiques, philosophiques et religieuses

Ce socle historique constitue la matrice dont la CGT-FO est issue.


1947-1948 — Une scission qui prolonge un héritage


À la Libération, la CGT reconstituée connaît une influence croissante du Parti communiste français. Une partie de ses responsables estime que cette évolution compromet l’autonomie syndicale.

Entre décembre 1947 et avril 1948, un mouvement de départ massif s’organise :

  • structures départementales

  • fédérations professionnelles

  • équipes militantes

  • responsables confédéraux

Ces forces ne disparaissent pas : elles se regroupent pour former la CGT-Force Ouvrière.


Pourquoi FO est l’héritière directe de la CGT historique

Cette continuité repose sur des faits historiques concrets.


Continuité de principes

Les fondateurs maintiennent explicitement les bases de 1906 :indépendance syndicale, priorité aux revendications sociales, refus de toute subordination politique.

Continuité humaine

La figure centrale demeure Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT de 1909 à 1947. Sa présence dans la fondation de FO établit un lien direct entre la CGT d’avant-guerre et la nouvelle confédération.

Continuité organisationnelle

FO se constitue à partir de structures existantes : implantations locales, réseaux militants, cultures professionnelles.Elle représente ainsi une reconfiguration interne du syndicalisme confédéral, non une création ex nihilo.


Les secrétaires généraux et grandes figures de Force Ouvrière : continuité et adaptations


L’histoire de Force Ouvrière s’inscrit dans une continuité plus ancienne que sa création en 1948. Elle plonge ses racines dans le syndicalisme confédéral de la CGT du début du XXᵉ siècle et dans l’esprit de la Charte d’Amiens (1906), qui affirme l’indépendance du syndicat vis-à-vis des partis politiques.

À cette histoire est attachée une figure majeure : Léon Jouhaux.


Léon Jouhaux (1879-1954)

Secrétaire général de la CGT de 1909 à 1947, Léon Jouhaux est l’une des grandes figures du syndicalisme français.

  • défenseur de l’indépendance syndicale

  • acteur central du syndicalisme confédéral

  • prix Nobel de la paix en 1951

Lors de la scission de 1947-1948, il participe à la création de CGT-Force Ouvrière, contribuant à donner à la nouvelle confédération sa légitimité historique. Par sa présence, un lien direct est établi entre la CGT d’avant-guerre et la nouvelle organisation.


Robert Bothereau (1948-1963)

Premier secrétaire général de FO, Robert Bothereau joue un rôle déterminant dans la structuration de la confédération.

Il œuvre à :

  • organiser les fédérations professionnelles

  • consolider les unions départementales

  • affirmer l’indépendance syndicale

Dans un contexte de reconstruction économique et sociale, il pose les bases organisationnelles de FO.


André Bergeron (1963-1989)

Sous l’impulsion de André Bergeron, FO développe une culture du pragmatisme syndical.

Sa conviction : obtenir des résultats concrets pour les salariés par la négociation ferme.

Il valorise :

  • le paritarisme

  • la discussion sociale structurée

  • les accords utiles

Sa ligne reste constante : négocier sans jamais s’aligner.


Marc Blondel (1989-2004)


Avec Marc Blondel, FO adopte un style plus combatif.

Il replace le rapport de force au cœur de l’action syndicale :

  • mobilisations massives

  • langage direct

  • opposition aux réformes jugées régressives

Il rappelle que la négociation ne peut être efficace que si l’équilibre des forces existe.


Jean-Claude Mailly (2004-2018)

Jean-Claude Mailly développe une approche stratégique des rapports sociaux.

Son action repose sur :

  • la participation aux concertations nationales

  • l’influence dans l’élaboration des textes

  • une lecture technique des réformes

Sa logique : être présent là où se construisent les normes sociales pour peser sur leur contenu.


Pascal Pavageau (2018)


Pascal Pavageau est élu secrétaire général en avril 2018.

Son élection traduit la volonté d’une partie des militants d’affirmer une ligne plus combative face aux transformations du dialogue social et aux réformes gouvernementales.


Yves Veyrier (2018-2022)


Successeur de Pavageau, Yves Veyrier renforce l’analyse critique des politiques économiques et sociales.

Il met notamment l’accent sur :

  • les réformes des retraites

  • l’assurance chômage

  • les transformations du marché du travail

Il insiste sur la dimension globale et systémique des politiques économiques.


Frédéric Souillot (depuis 2022)


Le 3 juin 2022, lors du 25ᵉ congrès de Force Ouvrière à Rouen, Frédéric Souillot est élu secrétaire général.

Militant de terrain, il affirme dès son élection vouloir faire de l’abrogation de la réforme des retraites « la mère des batailles ».

Il représente FO au sein de l’intersyndicale nationale lors du mouvement social contre la réforme des retraites de 2023, marqué par des manifestations et mobilisations d’ampleur.

Dans la continuité de ses prédécesseurs, il incarne une ligne :

  • ouverte à la négociation lorsque des avancées sont possibles

  • ferme dans les discussions

  • résolument contestataire lorsque les droits sociaux sont menacés


Une confédération nourrie de sensibilités diverses

Ces lignes incarnées par les secrétaires généraux se conjuguent avec la présence, dans toute l’organisation, de militants issus de traditions différentes :

  • sensibilités réformistes

  • militants se réclamant de la lutte des classes

  • héritages socialistes

  • influences libertaires

Ces lignes incarnées par les secrétaires généraux se conjuguent à l’existence de militants aux traditions différentes dans toute l’organisation, de sensibilité « réformiste » ou se réclamant de la lutte des classes (socialistes, libertaires…)

Dans FO, totalement fidèle en cela à la Charte d’Amiens, les militants débattent, notamment lors des congrès.


Un syndicat interprofessionnel : la société en miniature

FO regroupe des salariés issus d’un spectre extrêmement large de secteurs :

  • industrie et métallurgie

  • fonction publique d’État

  • territoriale et hospitalière

  • santé et médico-social

  • commerce et grande distribution

  • transports et logistique

  • énergie

  • télécommunications

  • banques et assurances

  • protection sociale

  • agriculture

  • culture

  • ingénierie

  • numérique

  • artisanat

  • cadres et techniciens...

Cette diversité fait de la confédération Force Ouvrière un observatoire global du travail réel.

Chaque réforme est analysée non isolément mais dans ses effets en chaîne sur l’ensemble du corps social, ce qui permet le cas échéant sa contestation à tous les niveaux de l’organisation.


Les revendications : une architecture revendicative constante

Depuis sa création, FO défend un ensemble cohérent de positions structurantes.


Salaires

  • augmentation générale

  • indexation sur l’inflation

  • revalorisation des grilles

  • défense du SMIC

  • égalité salariale femmes-hommes


Fonction publique

FO revendique notamment :

  • la fin du gel du point d’indice

  • la revalorisation statutaire

  • des effectifs suffisants

  • la défense du statut général

Pour FO, la rémunération des agents publics conditionne la qualité du service rendu à la population.


Conventions collectives

FO s’oppose :

  • à leur affaiblissement

  • à la primauté systématique des accords d’entreprise

  • à l’individualisation des droits

Les conventions sont considérées comme une garantie collective essentielle.


Sécurité sociale

Positions constantes :

  • financement par cotisations

  • gestion paritaire

  • maintien de l’universalité

C’est pourquoi FO s’est opposée à chacune des « réformes » qui prétendaient, toutes, remettre en cause les principes de la Sécu de 1945.


Retraites

FO défend :

  • le système par répartition

  • le refus des reculs d’âge

  • la reconnaissance de la pénibilité

Ce qui a conduit les syndicats à s’unir pour exiger le retrait puis l’abrogation des différentes contre-réformes des retraites depuis 1995.


Emploi

FO combat :

  • licenciements boursiers

  • suppressions de postes injustifiées

  • restructurations purement financières

Elle revendique :

  • transparence économique

  • contrôle social

  • responsabilité des employeurs


Services publics

FO défend :

  • présence territoriale équilibrée

  • égalité d’accès

  • moyens humains

  • maintien des missions


Une force historique en mouvement

Force Ouvrière demeure une organisation singulière dans l’histoire sociale française : héritière directe du syndicalisme confédéral du début du XXᵉ siècle, traversée de traditions militantes multiples mais unie par un principe central — l’indépendance.

Elle avance comme un navire construit dans les tempêtes de l’histoire, coque forgée par les luttes passées, voiles gonflées par la diversité de ses sensibilités, gouvernail tenu collectivement. Autour d’elle, les eaux se troublent : réformes structurelles, précarisation, restructurations, PSE, tensions économiques.

Mais son cap reste constant : la défense des droits des travailleurs, des droits collectifs, de la justice sociale et de la paix.

sources

Histoire de Force Ouvrière

Présentation générale des syndicats en France (site officiel de l’État)

Histoire de la CGT

Histoire de Force Ouvrière (notice encyclopédique)

Biographie de Léon Jouhaux

Texte intégral de la Charte d’Amiens (1906)

Panorama historique du syndicalisme (Encyclopaedia Britannica)

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